APPROCHE & DEMARCHE PARTICIPATIVE
Visant la viabilité et la pérennité des investissements en milieu rural, les Etats et leurs partenaires financiers ont souhaité que les usagers / bénéficiaires des investissements et des services qui s’y rattachent, contribuent et s'impliquent dans leur gestion. Cette orientation s'est imposée lors de la conception de projets appliqués au développement rural et dans tous projets où la responsabilité des populations est requise.
Le Programme de Lutte Anti – Erosive (PLAE), dont l’objectif global est la réconciliation des populations avec leur environnement, a adopté une approche et une démarche participative. Il fait appel à des compétences pratiques maîtrisables par les groupes de population concernés par la réalisation et la gestion des mesures Lutte Anti – Erosive (LAE).
Les expressions "'approche participative" et "démarche participative" s’imposent dans les langages et les recommandations. Mais, ne faut-il pas s'arrêter quelques instants sur la signification de ces "expressions" devenues courantes? Ne faut-il pas retrouver l'esprit (l’âme) de la participation avant de parler des méthodes de mise en oeuvre de l'approche participative et d’une démarche participative?
L’APPROCHE PARTICIPATIVE
Un esprit, une attitude, un comportement
1 Comprendre la participation
En langue française, la participation a pour racine le verbe actif "participer". De ce verbe vient l'adjectif qualificatif "participatif" qui est accolé aux termes "approche" et "démarche" et qui forment les expressions : approche participative et démarche participative.
APPROCHE & DEMARCHE PARTICIPATIVE
1.1 Le sens des mots et des expressions
a) La définition du terme "participer" l’associe d’abord aux verbes "prendre part", "collaborer", "coopérer", "associer", puis au verbe « contribuer », à savoir « apporter sa part ». Le terme « participer » est également associé à l’expression « avoir part à quelque chose» dans le sens d’être « intéressé » (participer aux succès, aux bénéfices).
Le terme « participer » sous-entend des actions qui seront partagées ou des actes qui seront conduits "en collaboration", "en coopération", "en association". Le terme "participatif" qualifie cette « action partagée » ou cet « acte de collaboration et/ou de coopération – association ».
b) Le terme "approche" a pour équivalent les mots "accès", "abord" qui proviennent des verbes "accéder", "aborder". L'approche évoque un mouvement vers quelqu'un ou, vers un but, vers une destination. L'approche évoque la manière d'aborder un lieu, une personne, un problème, une solution, une situation, un projet
La définition de l'expression "approche participative" pourrait être celle-ci : « Prendre part, s'associer, coopérer à une œuvre commune dans le respect mutuel des participants »;
Ou bien celle-ci : "aborder avec toutes les parties concernées, ensemble et de manière équitable, une idée, un problème, une situation, un projet. L'approche est avant tout, état d’esprit, comportement et attitude facilitant la participation de part et d'autre.
c) Le terme "démarche" a pour équivalent les termes "progression", "cheminement", "allure". Il évoque l'avancement, la marche, la progression. Il désigne également l’attitude, le comportement, la conduite, à savoir la manière de progresser, d’agir. Les "démarches administratives" constituent les actions multiples qu'il faut accomplir pour obtenir un acte administratif. Le terme "démarche participative" désigne le savoir - faire pour exécuter les modes opératoires d’une approche qui se veut participative.
La définition de l'expression "démarche participative" serait celle-ci : "mettre en œuvre les actions et les moyens de concevoir et de réaliser ensemble une œuvre commune".
Ou bien celle-ci: « mettre en œuvre un ensemble d'opérations, de méthodes, de techniques, de moyens pour aborder avec toutes les parties concernées, ensemble et de manière équitable, la réalisation d'un projet ». C'est traduire en actes et en opérations "l'approche participative".
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1.2 La valeur des mots
La participation à une œuvre commune engage totalement la personnalité de celui qui participe. La participation est assujettie à des droits et à des devoirs pour chacun des participants.
"Participer" donne à la personne des Droits dont :
Le droit d’être informé
Le droit de prendre la parole, de donner son avis, de formuler des commentaires,
Le droit de prendre part à la prise de décision,
Le droit de bénéficier des avantages liés à la réalisation de l’œuvre commune du groupe.
"Participer" exige de la personne des Devoirs dont:
Le devoir de reconnaître l’autre et de le respecter,
Le devoir de respecter la parole donnée et les engagements pris,
Le devoir de se comporter en responsable (actif dans la discussion et solidaire avec le groupe),
Le devoir de contribuer aux décisions prises collectivement.
En approche participative, chacun des partenaires est sujet de droits et de devoirs et chacun des partenaires doit s’engager à cheminer dans le même sens pour construire une œuvre commune.
2. Comprendre l'approche participative
La participation est un engagement permanent de la personne ou du collectif qui participe. Cet engagement est progressif et de plus en plus intensif au fur et à mesure que les futurs partenaires décident d'agir ensemble pour une œuvre commune.
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2.1 Repérage des niveaux d’engagement
De l'observation d’un « cheminement participatif », il est possible de déterminer quatre niveaux d'engagement dans "l’approche participative".
Un premier niveau où l’engagement est minimal. Il est limité à une reconnaissance mutuelle des partenaires qui envisagent de faire « œuvre commune ». C’est la période de reconnaissance et de sollicitation de part et d’autre. C’est le moment où les partenaires identifient les possibilités et l’intérêt de « faire œuvre commune ». De cette identification et de cet intérêt naît la décision de s’engager ensemble à la conception de l’œuvre commune. L’exigence de participation de chacun des partenaires devient plus forte et implique un second niveau où l’engagement des parties se renforce.
Un second niveau où l’engagement se construit au cours d’une période « d'échange mutuel d'informations » pour la conception, la réalisation et la gestion de l’œuvre commune. C’est une période de mise en confiance où la participation de part et d’autre doit lever toute réserve ou tout obstacle à l’entente mutuelle.
Un troisième niveau où l’engagement se formalise dans un « accord de partenariat ». Période où les partenaires participent activement à la conception de l’oeuvre commune et à la formulation des règles de réalisation et de gestion de leur oeuvre.
Un quatrième niveau d’engagement où chaque partenaire respecte les accords et obligations. Rentré dans la période d’exécution et de gestion de l’œuvre commune, chacun des partenaires est appelé à respecter les engagements et les règles qui ont été fixées d’un commun accord. La "participation est maximale".
A l'initiative de la réalisation d'un projet en partenariat, il y a toujours un solliciteur et un sollicité. Dans une "approche participative", solliciteurs et sollicités vont devoir coopérer, collaborer, devenir des partenaires, et cela dans un environnement, physique, social, économique, institutionnel et politique dont ils devront tenir compte.
Figure 1 : Schématisation des niveaux d’engagement en approche participative.
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2.2 Justification et application de l'approche participative
Il est possible de dire que "l'approche participative" est respectueuse de la personne et des collectifs concernés, qu'elle fait acte d'éducation, de tolérance, de structuration de la vie sociale et économique. La réalisation d'activités et de projets suivant une "approche participative" s'oppose à une conception "autocrate" d'activités et de projets réalisés sans tenir compte des parties concernées.
Le choix de « l’approche participative » est justifié si la viabilité et la durabilité de « l’œuvre commune » sont renforcées par l’implication des différents acteurs lors de la conception, de la réalisation et de l’exploitation de cette « œuvre ».
La base (le fondement) de « l’approche participative » est l’apport d’une « contribution ». Il n’y a pas application d’une « approche participative » s’il n’y a pas une « contribution » de chacun des acteurs à la réalisation et à l’exploitation de l’œuvre commune. La contribution de chacun des acteurs fait partie des règles de participation. Elle peut être sous forme de savoir, de savoir – faire, de main – d’œuvre, d’apport en nature, d’apport financier. L’apport financier cristallise « l’approche participative » et la concrétise.
L'instrument de « l’approche participative » est la « communication ». Il ne peut y avoir « approche participative » s’il n’y a pas communication permanente entre les acteurs. Cette approche exige dialogue, concertation, échange d'informations, engagements réciproques aussi bien "écrits" que « oraux. Elle peut requérir toute la panoplie des supports de communication pour faciliter la compréhension.
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3. L’approche participative devient "démarche participative"
En « approche participative », il faut passer d'une situation de "sollicitation" à une situation de "partenariat". Solliciteurs et sollicités vont devoir "parcourir" l'un vers l'autre la distance qui les sépare pour réaliser une œuvre commune. L'engagement des parties prenantes dans une "démarche participative", pour mettre sur pied cette œuvre commune, se déroule suivant un processus où il est possible de distinguer des « étapes » jalonnant le parcours de la "démarche".
Les étapes dans la "démarche participative" sont ainsi définies :
Identifier l’objet et l’intérêt à faire œuvre commune,
Rechercher un consensus pour la construction de l’œuvre commune,
Concevoir l’œuvre commune,
Construire le partenariat : Instituer les règles pour réaliser l’œuvre et l'inscrire dans la durée (pérennisation),
Réaliser et gérer l’œuvre commune.
La réalisation de ces « étapes », suivant une démarche participative, a des exigences de communication, d'organisation et de compétences.
3.1 Etape 1 : Identifier l’objet et l’intérêt d’une démarche participative commune
Déterminer ensemble l'objet et l’intérêt d’une œuvre commune suppose que les parties prenantes soient arrivées à :
Dialoguer en toute confiance,
Echanger des informations claires et précises,
Se comprendre mutuellement.
Cette étape d'identification et de formulation du projet est le préalable nécessaire pour entamer le dialogue et y identifier l’intérêt commun des parties prenantes à faire œuvre commune. Le dialogue n'est pas spontané, il a besoin d'être organisé pour qu'il y ait compréhension mutuelle. Cela peut être facilité par la mobilisation de facilitateurs (animateurs).
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3.2 Etape 2 : Rechercher un consensus pour la construction d’une œuvre commune
La conception d’un projet ne peut reposer que sur un consensus établi entre les parties prenantes. Mais il existe toujours des visions différentes, des divergences d'intérêt, de stratégie, d’objectifs. Des divergences peuvent également exister au sein du groupe qui constitue une partie prenante du projet.
Pour résoudre les conflits et les divergences, il est nécessaire que les parties soient conscientes et reconnaissent leurs différences et leurs divergences mais qu'elles acceptent principalement d'avancer ensemble. Dans ce cas, la "démarche participative" reposera sur :
Un diagnostic participatif de la situation présente,
Un apport mutuel d'information techniques éclairant les problèmes à résoudre,
L'organisation de formation pour la mise à jour des connaissances et des savoir-faire.
3.3 Etape 3 : Concevoir l’œuvre commune
La production d'un projet commun exige que les parties prenantes:
Organisent leur travail et leurs rencontres; Qu'elles mettent en place des règles de fonctionnement permettant à chacune des parties de se mobiliser, de s'informer mutuellement et de préparer les décisions ;
Mobilisent leur savoir avec un échange de savoir-faire, une acquisition de connaissances nouvelles (formation et visites de sites et de réalisations) ;
Fassent ensemble les choix de stratégie, d'objectifs, de technologie, d'engagement financier.
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3.4 Etape 4 : Construire le partenariat : Instituer les règles pour réaliser l’œuvre commune et l'inscrire dans la durée (pérennisation)
Au moment où il est décidé de "mettre en chantier" l’œuvre commune, il devient utile de "renforcer les liens contractuels", d'où l'obligation d'instituer des règles de gestion commune et de se mettre d'accord sur:
Les aspects organisationnels et institutionnels du projet,
Le mode et les modalités de financement,
Les systèmes de gestion, de contrôle et d'évaluation,
Les formes d'information mutuelle et continue entre les partenaires.
Ceci exige :
Une concertation permanente entre les parties prenantes,
L'engagement formel,
Le respect des engagements.
3.5 Etape 5 : Réaliser et gérer l’œuvre commune
A cette étape, la participation (engagement) des parties prenantes est maximale et irréversible pour mener à bien l'exécution de l’œuvre commune et garantir sa durabilité.
La participation exige :
La mise en œuvre de l'organisation convenue pour suivre, contrôler et évaluer la réalisation,
L'exécution des engagements pris,
L'évaluation permanente des activités entreprises.
L'approche participative et la démarche participative résultent avant tout d'un état d'esprit, d'une attitude, d'un comportement et d'une volonté clairement exprimée d'agir ensemble dans un respect mutuel. Pour cela, il y a besoin de dialogue, de connaissances et de savoir-faire, de respect envers les engagements pris successivement au cours du processus.
Figure 2 : Schématisation des étapes dans une démarche participative













